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Révision du règlement des terrasses : 1er round

10ème - 8 rue du Faubourg Poissonnière 2

La première réunion plénière de “concertation” sur la révision du règlement des étalages et des terrasses (RET) s’est tenue mardi 20 avril.

Réunion en Zoom avec une centaine de participants d’une durée de 2h30 présidée par Olivia Polski, adjointe en charge notamment du commerce et de l’artisanat et animée par État d’Esprit – Stratis, Conseil, communication et concertation

Parmi les participants : des représentants des syndicats de la restauration et de l’hôtellerie, des associations ou collectifs (dont Droit au Sommeil, Habiter Paris, Association des Usagers de DansMaRue, le Réseau Vivre Paris, ADDM18, Marais-Louvre, 60 Millions de Piétons, Riverains du 11ème arrondissement et bien d’autres associations d’habitants), au moins un maire d’arrondissement (celui du 17ème), Frédéric Hocquard (adjoint au tourisme et à la nuit), Thierry Charlois, la DU, la DPSP…

Dans une concertation les absents sont tout aussi importants que les présents. A noter les absences suivantes :

  • Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la Maire de Paris en charge notamment de l’urbanisme, de l’architecture et des relations avec les arrondissements ;
  • David Belliard, adjoint à la maire de Paris en charge notamment de la transformation de l’espace public, du code de la rue et de la voirie ;
  • Anne-Claire Boux, adjointe à la maire de Paris en charge de la politique de la ville ;
  • Jacques Galvani, adjoint à la Maire de Paris en charge de l’accessibilité universelle et des personnes en situation de handicap ;
  • Anne Souyris, adjointe à la Maire de Paris en charge notamment de la santé publique, de la santé environnementale, de la lutte contre les pollutions ;

Mme Polski étant adjointe en charge notamment du commerce et de l’artisanat cela revient à ne considérer cette révision du RET que sous son aspect économique, ignorant au passage les artisans privés de place de livraison. La présence de M. Hocquard, adjoint au tourisme, prouve également que ce projet concerne plus l’attractivité touristique que la tranquillité des Parisiens.

M. Grégoire aurait dû participer puisque la question de l’urbanisme est central comme l’ont montré les plus de 600 terrasses à l’abandon signalées sur DansMaRue. D’autre part le service attribuant (et pouvant retirer) un droit de terrasses est sous sa responsabilité. Les élus d’arrondissement ont été placés devant le fait accompli lors de création de ces terrasses éphémères et fort peu écoutés lorsqu’ils ont signalé des abus.

M. Belliard aurait dû participer puisqu’un doublement proposé de la surface des terrasses impacte directement l’espace public dont il a la charge. La création des terrasses sur les trottoirs et sur les places de livraison ont aussi des implications pour “le code de la rue” et la voirie.

Mme Boux aurait dû participer car le doublement des terrasses signale un choix du tout-festif au détriment du concept de la ville 1/4h et impacte la politique dont elle a la charge.

M. Galvani aurait dû participer car le doublement des surfaces de terrasses, dont plus de la moitié sur les trottoirs réduira d’autant les cheminements et donc l’accessibilité pour les PMR.

Enfin, Mme Souyris aurait dû participer puisque le bruit est la deuxième source de pollution, que le doublement des terrasses aura pour conséquence une augmentation des nuisances sonores. Le sommeil est un droit et surtout un besoin. Les questions de santé publique, de santé environnementale et de lutte contre les pollutions dont elle a la charge sont donc centraux dans cette révision du RET. 

Mme Polski a déclaré d’emblée que “les terrasses ne devront ne pas occuper totalement l’espace public“. La pérennisation des terrasses “éphémères” équivaudrait à un doublement des surfaces dévolues aux terrasses. Une bonne nouvelle les terrasses seront soumises à un régime d’autorisation et non de simple déclaration comme l’été dernier. Qui dit autorisation dit possibilité de retrait en cas de manquement aux règles.

1er - 60 rue de l'Arbre Sec

Les représentants des syndicats des bars et restaurants ont tenu des propos fort modérés, conscients de la situation désastreuse qu’ont vécue les Parisiens et l’image déplorable que certains établissements ont donné de la profession. En vrac la position du SYNHORCAT : ils souhaitent mettre de l’ordre dans les terrasses, déplorent que certains établissements n’avaient pas assuré leurs terrasses éphémères (!) et que certaines terrasses étaient dangereuses. Ils ont reconnu que la situation était “compliquée” pour les riverains, que les terrasses éphémères ne devraient pas rouvrir en l’état et souhaitent même organiser un concours de terrasses vertueuses. Le représentant du SNEG-UMIH a regretté qu’aucune évaluation n’ait été faite et a concédé qu’il y avait des manquements de verbalisations des établissements et de la clientèle.

M. Stéphane Manigold, président du groupe Eclore et propriétaire de restaurants à Paris, est intervenu sur BFMBusiness : “Demain il faut qu’on ouvre le dialogue avec la population… On tend la main à ces associations… Il ne faut pas, demain, qu’on soit une gêne…“. Propos à rapprocher de ceux des syndicats professionnels lors de la première réunion de “concertation” avec la mairie.

Les associations de riverains ont développé des arguments complémentaires :

Pour le Réseau Vivre Paris! a déploré l’organisation et les délais qui ne laissent que peu de place pour la concertation et l’absence d’évaluation des terrasses 2020. Les documents ont été envoyés un peu plus de 24h00 avant la réunion. Les terrasses éphémères étaient une réponse à une situation exceptionnelle (la crise sanitaire). Elles n’ont aucune vocation à être pérennisées d’autant que l’avenir est loin d’être certain quant à la pandémie. Le Réseau Vivre Paris! demande une stricte application des conditions d’exploitation des terrasses, qu’un régime de sanctions soit réellement appliqué, un numéro de téléphone unique et une rubrique dédiée dans l’application DansMaRue pour faire les signalements.

Pour Droit au Sommeil, l’augmentation du nombre de terrasses n’est pas une attente des Parisiens. Il est nécessaire de faire un diagnostic fondé sur des faits objectifs, d’installer des capteurs sonores, de renforcer les moyens de contrôle et les sanctions. La Ville et les professionnels doivent être vigilants face au risque de “pétage de plomb” des victimes des nuisances sonores.

9ème - 32 rue Victor Massé

Pour Habiter Paris, le calendrier n’est pas sérieux et a rappelé que l’adhésion syndicale était très faible à Paris, d’où le peu de poids des syndicats sur les établissements irrespectueux des règles. Son représentant a souligné l’importance de la régulation qui doit être centrale, l’importance de la santé environnementale. Il a rappelé que la pollution sonore (2ème après celle de l’air) a un impact sur la santé publique, que le temps de sommeil est indispensable. Il préconise l’instauration d’un permis à points et a finalement posé cette question : que veut-on à Paris, des quartiers-bistrots ou des quartiers-ville du 1/4h? 

Un membre du Collectif Nuisances Sonores et du Conseil de Quartier Montorgueil a indiqué ce que nous savons tous : les terrasses non sanctionnées sont un vieux problème. Les nuisances générées par les terrasses sont une des causes de la baisse de la population dans certains quartiers et l’inflation des baux étouffe les commerces de proximité, nous faisant tourner le dos à la ville du 1/4h. Il a souligné que les terrasses éphémères doivent être limitées à la crise sanitaire et ne doivent pas être pérennisées.

Le représentant des Riverains du 11ème arrondissement a déploré l’absence de cadrage, un calendrier beaucoup trop restreint et l’absence de prise en compte des remontées des associations. Il a appuyé l’instauration d’un permis à points.

L’association 60 Millions de Piétons, membre du Réseau Vivre Paris! a regretté que les terrasses éphémères soient le seul point à l’ordre du jour. Il a souligné la nécessité d’intégrer les recommandations du rapport de l’Inspection Générale de la Ville de Paris de 2016 et les prescriptions du plan de mise en accessibilité de la voirie et de l’espace public (PAVE).

Pour ADDM18, membre du Réseau Vivre Paris!, la réforme doit avoir un objectif et des contreparties pour les riverains. Son représentant a rappelé que plus un règlement est compliqué moins il s’applique. Il déplore, comme tous, que la réforme proposée entraine un doublement des terrasses (en terme de surface) et interroge la mairie : comment rendra-t-on applicable ce qui ne l’était pas avant ?

43 rue Lemercier, 17ème

Philippe Guerre (adjoint au commerce du 17ème arr.)  n’a fait que confirmer les craintes des associations. Il a indiqué que pour les commerçants à problèmes il n’y a pas de pas de moyens du côté de la Préfecture et de la DPSP. A titre d’exemple il a déclaré que, malgré des réunions hebdomadaires avec le commissariat et la DPSP, sur 50 signalements de terrasses à problèmes, 5 seulement ont conduit à des fermetures.

L’ Association des Usagers de DansMaRue (AUDMR) a mis en avant l’impression de déni de la part des autorités : réponses fantaisistes par rapport aux signalements, signalements occasionnellement suivis d’effet ou réponses toutes faites (“une équipe est intervenue”) mais pas toujours suivies d’effet. Ils ont déploré l’absence de signalements conduisant à des sanctions et le fait que l’élu se déclare satisfaite avec 70 verbalisations.

La DPSP n’est intervenue brièvement qu’en toute fin de réunion. Nous eu droit à un exercice de justification et d’autosatisfaction. La période de 4-5 mois aurait été trop courte pour évaluer l’efficacité de la DPSP (sic!) alors que c’est justement pendant cette seule période que les Parisiens avaient besoin de ses services puisqu’on nous avons été confinés ou semi confinés le reste du temps. Enfin la DPSP semble satisfaite d’avoir infligé 1 900 PV, dont certains pour jet de mégot ou autre incivilité mineure. Sur 10 000 terrasses, 7 000 étalages et 9 500 terrasses éphémères sur 150 jours, cela fait 4 millions de possibilités de verbalisation éventuelle. Comment expliquer un taux de verbalisation aussi ridicule après l’été que les Parisiens ont vécu? A quoi sert une police municipale dans ces conditions ?

Malgré les réserves exprimées, beaucoup de points importants ont été évoqués et méritent d’être étudiés de façon plus approfondie avant de finaliser un nouveau règlement qui nous engagera pour une longue période   De plus nous sommes encore, et pour une durée indéterminée,  dans une période marquée par le Covid. 
La bonne solution ne serait-elle pas de travailler ensemble à une charte V3, opérationnelle à partir de début juillet,  pour une durée limitée plutôt que de vouloir adopter le nouveau règlement dans la précipitation ?

Non à la pérennisation des terrasses “éphémères”

La Mairie de Paris veut pérenniser les terrasses éphémères et ainsi transformer Paris en un gigantesque bar à ciel ouvert. Le projet équivaut à plus que doubler la surface de l’espace public dévolu aux terrasses.

Pour faire passer cette décision la Mairie de Paris lance une pseudo-concertation sur le révision du règlement des étalages et terrasses (RET). Documents envoyés moins de 48 h à l’avance. Tout sera en Zoom, bien sûr. Une réunion de présentation de 2h. Une réunion avec les professionnels et une avec les associations (2h chacune). Le tout cette semaine. Et restitution le 7 mai. Autant dire qu’il n’y aura aucune place pour le débat. Pour mémoire, la révision précédente de 2010 à laquelle le Réseau Vivre Paris! a participé avait nécessité 8 mois.

L’oxymore du jour : concertation avec la Mairie de Paris

Les terrasses éphémères mises en place l’été dernier pouvaient sembler une bonne réponse aux difficultés auxquelles étaient confrontés bars et restaurants. A noter qu’ils n’étaient pas les seules victimes de la crise sanitaire. La Mairie de Paris et la Préfecture se sont cependant montrés incapables d’encadrer ces terrasses. La Mairie de Paris a été incapable l’été dernier de faire respecter ces chartes, pourtant fort peu contraignantes, et cet hiver d’exiger le démontage des terrasses à l’abandon . Comment les Parisiens pourraient-ils croire qu’il en sera autrement demain ?

  • non respect des horaires (elles devaient fermer à 22h)
  • nuisances sonores
  • taille non règlementaire…

La Mairie déclare triomphalement qu’elle a procédé à 159 verbalisations (dont 76 pour récidive, soit 83 terrasses). Ce chiffre est ridicule au vu des plaintes des Parisiens qui ont circulé sur les réseaux sociaux ou que nos association ont reçues. (plus de 100 témoignages sur notre site).

Les terrasses éphémères en chiffres :

  • 9581 terrasses éphémères déclarées
  • les bars et restaurants représentent 25% des commerces parisiens
  • 43% des terrasses éphémères occupent des trottoirs donc de l’espace normalement réservés aux piétons

C’est pourquoi, le Réseau Vivre Paris!, qui représente une vingtaine d’associations, est opposé à la pérennisation des terrasses dites “éphémères” qui ne doivent être autorisées que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, telle que la crise sanitaire que nous vivons et encadrées par une règlementation stricte respectueuse de la santé et de la tranquillité des habitants.

Analyse de l’étude de l’APUR sur le commerce parisien

Article complet sur le site de Marais-Louvre
A l’initiative de la Ville de Paris et de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, sous la titre “ Inventaire des commerces à Paris en 2020 et évolution  2017-2020“, l’APUR* (Atelier Parisien d’Urbanisme) vient de publier une étude sur l’état du commerce parisien juste après le premier confinement (enquêtes réalisées en octobre 2020, la plupart des commerces étant alors ouverts). Il s’agit de la 7ème étude menée, la dernière enquête datant de 2017.

Ainsi Paris comptait en octobre dernier un peu plus de 61 500 commerces et services commerciaux.  La principale caractéristique est une très forte densité, en comparaison d’autres grandes villes françaises, en 3 ans, cependant leur nombre a diminué de 1,9% après plusieurs années de stabilité, la pandémie de la Covid n’ y étant pas étrangère. Ce sont les commerces traditionnels appelés “équipements à la personne” c’est-à-dire habillement, bijoux, presse… et les commerces de gros (partis à la périphérie de la capitale) qui sont les plus touchés (respectivement – 1 100 et – 600).

Parmi les commerces en progression en revanche, ceux spécialisés dans le bio voient leur nombre augmenter de 200 unités (+67%), de même que ceux du secteur de la santé-beauté et du bien-être. Mais ce sont surtout les bars, cafés, restaurants qui augmentent de façon significative (+ 660) «prolongeant ainsi une tendance entamée il y a plus de 10 ans», note l’ Apur qui en a dénombré plus de 15 247 contre 12 686 en 2003, soit + 20,2% et + 4,5% par rapport à 2017.

Ce nombre supplémentaire de 2 561 établissements en 17 ans mérite analyse. En effet, si les brasseries traditionnelles et les cafés-tabac baissent lentement, ce sont surtout les restaurants asiatiques et les restaurants rapides (+ 1 566 en 20 ans) qui se multiplient. Si les bars, cafés et débits de boissons n’ont cru que de 1% sur les 3 dernières années, il importe de souligner que cette tendance doit être rapportée à une base existante déjà très large puisqu’avec les restaurants, ce secteur représente 1 commerce sur 4 soit 10,2 pour 1 000 habitants (le taux le plus élevé des grandes villes françaises !). Certains arrondissements, notamment dans le centre ont même des densités 3 à 5 fois plus élevées que la moyenne parisienne dans les quartiers touristiques et très fréquentés par les étudiants et les actifs, le 1er arrondissement étant cité comme exemple (28 pour 1 000 habitants) ! Cette activité connait aussi un fort taux de rotation (47%!).

Un chapitre spécial a retenu toute notre attention, il est consacré aux étalages et terrasses. Un commerce sur 5 est concerné. 8 000 terrasses avaient été dénombrées en octobre 2017 (50 % des établissements ayant alors au moins une terrasse) dont 900 établissements (11%) avec une ou plusieurs terrasses fermées, 5 750 (71%) avec une ou plusieurs terrasses ouvertes et 1 450 (18%) avec les 2 types de terrasses.  Notons à ce propos que 1 900 terrasses ont des appareils de chauffage contre seulement 1 150 en 2014…

En septembre 2020, 8 300 cafés bars et restaurants, soit 55% des 15 200 recensés, ont déclaré une installation de terrasses éphémères sur l’espace public, dont 44% implantées sur les trottoirs, 30% à la fois sur trottoir et une ou plusieurs places de stationnement et 22% sur une ou plusieurs places de stationnement, 4% étant sur la chaussée. 7 500 places de stationnement se trouvent ainsi occupées. L’APUR rappelle que l’application de la loi Evin en 2007 a amorcé la montée du nombre des terrasses qui d’estivales sont devenues permanentes. Puis le mouvement a été amplifié par la décision unilatérale de la mairie de juin dernier d’autoriser les terrasses éphémères pour cause de Covid en ne favorisant curieusement qu’une profession, les bars cafés et restaurants. Lors du déconfinement les riverains ont pu mesurer les nuisances sonores générées surtout la nuit et depuis la fermeture des établissements l’état de délabrement des terrasses en question qui ternissent le paysage de nos rues. Le renouvellement du règlement des terrasses et des étalages risque fort de pérenniser ces terrasses éphémères et toutes leurs conséquences. La Covid aura eu le mérite de donner à l’équipe municipale un alibi pour continuer à favoriser toute une profession malgré toutes les aides existantes, aussi bien gouvernementales que régionales ou municipales citées dans l’étude de l’APUR qui souligne combien il faudra “éviter lors de la reprise des transformations commerciales brutales… et maintenir une animation commerciale qui participe au rayonnement de Paris“.

Dans ses déclarations, Olivia Polski, adjointe à la Maire de Paris en charge du commerce se dit inquiète de la situation et annonce l’étude de la création d’une “foncière commerce” tout en demandant à l’Etat de faire davantage.  Elle oublie d’indiquer que les décisions de la mairie de piétonniser une multitude de rues, la suppression des places de stationnement (notamment du fait des terrasses éphémères et de la création de pistes cyclables) ne sont pas étrangères non plus aux difficultés des commerces qui, au-delà de la pandémie, ont dû affronter auparavant les conséquences du mouvement des gilets jaunes, les grèves des transports et la montée de l’e-commerce.

Cette étude apporte bien la preuve que les décisions unilatérales, sans concertation et sans études d’impacts suffisantes, prises par la mairie ont des effets néfastes sur le commerce en général et qu’il ne sert à rien de “sur-aider” plus spécifiquement un secteur au détriment de tous les secteurs d’activités.

(*) Atelier parisien d’urbanisme, association à but non lucratif créée en 1967 et réunissant 27 partenaires est un lieu d’étude partagé et prospectif multiscalaire. Il documente, analyse et imagine les évolutions urbaines et sociétales concernant Paris, les territoires et la Métropole du Grand Paris.

#saccageparis : 165 000 tweets en quelques jours

Tweet du 8 avril (matin)

Mis à jour le 18 avril à 12h00
Notre titre originel du 5 avril était : saccageparis : 25 000 tweets en quelques jours. Trois jours plus tard le hashtag #saccageparis a été tweeté 165 000 fois de 21 000 comptes différents.
Difficile d’invoquer le complot politique. Les auteurs de ces tweets sont en grande majorité des associations de quartier et des Parisiens qui expriment tout simplement leur mécontentement. La municipalité parisienne doit les entendre.

18ème - 30 rue Muller 2
terrasse éphémère à l’abandon

En quelques jours, le hashtag #saccageparis est devenu viral et a été mentionné plus de 25 000 fois sur Twitter. L’objectif de son instigateur était de dénoncer “un Paris encrassé et enlaidi.” Il ajoute : “Je ne m’attendais pas à ce que cela prenne une telle ampleur. Mais je ne suis pas surpris. Je ne pouvais pas être le seul à être frappé par l’état de dégradation de la ville.

De très nombreux sites et journaux ont repris l’information : le Parisien, le HuffPost, Europe1, France3, le Monde, Ouest France, FranceBleu, le Figaro, BFM, Elle, Capital, MarianneTV, L’Opinion… Même le Stuttgarter Zeitung a publié un article au titre évocateur : Shitstorm in Paris. Mais aussi le Daily Mail, news.com.au (Australie), le New Zealand Herald, la BBC, RND (Allemagne), PL News (Pologne), TRT (Turquie), Euronews-Turquie, France24 (en anglais), RFI (en anglais), SkyNews, News18 (Inde), The Morning Bulletin (Australia), MalayMail (Malaisie), le New York Post, Watson (Suisse), le Devoir (Québec). Tous ces articles sont accompagnés de photos peu flatteuses montrant l’état de l’espace public parisien.

La propreté n’est pas le seul point mis en avant, mais plus largement le mauvais état de l’espace public parisien et les aménagements qui donnent un aspect délabré à certains quartiers. Le Réseau Vivre Paris! en faisait le constat avec les centaines de terrasses soi-disant éphémères, laissées à l’abandon et dont le signalement n’est suivi que de bien peu d’effet.

Le Parisien, toujours prompt à offrir ses colonnes à la Mairie de Paris a publié un article : #saccageparis: la mairie de Paris contre-attaque.

  • L’argumentaire de la mairie et de ses alliés est vraiment simpliste et n’est pas à la hauteur des attentes des Parisiens : 
  • La Ville subit sur Twitter une campagne de dénigrement en bonne et due forme, relayée par les réseaux militants de droite”, attaque la mairie de Paris. Ne pas être d’accord avec la Mairie de Paris c’est donc être de droite? C’est un peu court comme explication.
  • … la Ville, qui dit être « confrontée à des incivilités et à des problèmes de régulation de l’espace public comme toutes les autres grandes villes de France». C’est partout pareil, donc ce n’est pas notre faute.
  • Je me promène beaucoup dans Paris mais je n’ai pas l’impression que la ville est saccagée. Je vois des arbres en fleurs, des jardins entretenus et de nouvelles jardinières bordent l’avenue des Gobelins”, assure Jérôme Coumet, maire (DVD) du XIIIe, qui dénonce lui aussi une campagne orchestrée par des comptes proches de la droite et d’opposants à la maire de Paris. “Mais ce n’est pas cette une polémique à deux balles qui va la déstabiliser”. “Une polémique à deux balles“? Quel mépris dans la bouche d’un élu qui parle ainsi des Parisiens. Visiblement le maire du 13ème a besoin d’une nouvelle paire de lunettes puisqu’il ne voit que des fleurs et des jardins bien entretenus. De toute façon il est convaincu d’avoir raison.
  • Les Parisiens qui travaillent à l’extérieur mangent dans la rue car les restaurants et des bars sont fermés et il y a plus de saleté sur la voie publique. Selon le maire du 20ème, c’est la faute des gens qui travaillent et mangent dehors car les bars sont fermés. Il faudrait donc rouvrir les bars pour que Paris soit propre?
  • Les terrasses éphémères installées durant la période du premier déconfinement peuvent donner aujourd’hui une impression de laisser-aller, mais elles ont été très appréciées par les commerçants. Nous ne baissons pas les bras”, assure Eric Pliez, le nouveau maire (DVG) du XXe. Les terrasses éphémères à l’abandon, ce n’est qu’une impression selon la maire du 20ème. Pourtant plus de 600 signalements et de bien maigres résultats.
  • La mairie de Paris rappelle que l’application « dans ma rue » est « le meilleur moyen de signaler des problèmes de propreté ou des dépôts sauvages. Il y a plus de 100 000 utilisateurs actifs sur l’application. L’implication croissante des services et des opérateurs partenaires permet d’atteindre un taux de 40 % de signalements clôturés en 48 heures. Clôturés ne veut pas dire résolus comme le montre le grand nombre de terrasses à l’abandon toujours en place. Ce “service” marche très mal et ce n’est pas à cause du confinement. A titre d’exemple, pour certains tags il faut relancer 3 à 4 fois et même alerter l’adjointe en charge de la propreté Colombe Brossel pour que ces tags soient enlevés.

La Mairie de Paris ne pourra pas s’en tirer par une simple campagne de communication. Le déni n’a plus cours. Elle doit entendre les Parisiens.
Parler de campagne de dénigrement est un peu court et même méprisant vis à vis des milliers de Parisiens qui se sont mobilisés autour du hashtag #saccageparis

La Maire de Paris reste sourde à ça que les milliers de Parisiens lui disent. Sur RTL, la journaliste n’a parlé que de propreté alors que le problème soulevé par le hashtag #saccageparis est beaucoup plus vaste. Pour toute réponse Anne Hidalgo a parlé de “trumpisation“, de “proximité avec l’extrême-droite” et finalement “d’astrosurfing“.

La Mairie de Paris subventionne ses amis plutôt que la lutte contre les nuisances sonores

Les priorités de la Mairie de Paris sont claires. Le Conseil de Paris a alloué une subvention de 110 000 € au bénéfice des Pierrots de la nuit (AMUON) et 45 000 € seulement pour Bruitparif

La Butte aux Cailles – 3 juin 2020

La mairie veut donc encore une fois infliger aux Parisiens une double peine : payer pour subventionner une association d’amis de la mairie dont l’utilité n’a jamais été démontrée et, de surcroit, maintenir l’omerta sur la réalité et la gravité des nuisances sonores causées par de trop nombreux bars et restaurants, mais aussi par les attroupements en milieu ouvert (Canal Saint-Martin par ex.) notamment dans les quartiers dits “festifs”. Cela fait 10 ans que l’AMUON est privilégiée par rapport à Bruitparif (notre article).

Pourtant, les Parisiens concernés dénoncent depuis longtemps l’inutilité des interventions des Pierrots de la Nuit et réclament, au contraire, un large déploiement du dispositif Bruitparif.

Les effets positifs de l’action des Pierrots (AMUON) n’ont jamais été démontrés (notre article du 19 mai 2015) : si les nuisances perdurent ou croissent dans tous les sites notoirement noctambules, si elles apparaissent dans d’autres sites qui deviennent noctambules, c’est que cela ne marche pas. 

Anne Hidalgo en campagne à la Bellevilloise

Cela ne marche pas quoi qu’en dise Renaud BARILLET, le président de l’AMUON et propriétaire de plusieurs établissements, dont la Bellevilloise qui génère des nuisances sonores telles qu’une pétition a été lancée en 2019. Le même Renaud BARILLET est co-auteur d’un rapport inquiétant pour le compte du ministère des Affaires étrangères pour promouvoir le tourisme nocturne dans lequel on découvre cette phrase qui en dit long sur son manque de considération pour les riverains, victimes des nuisances sonores : “Les actions des associations de riverains à l’encontre des organisateurs d’évènements ou gérants d’établissements sont particulièrement dommageables, et ce alors que ces organismes ne représentent les intérêts que d’un faible nombre d’usagers.” Au vu des déclarations de son président, il est clair que l’AMUON ne saurait prétendre s’exprimer au nom des riverains victimes des nuisances sonores (notre article du 25 avril 2018). 

Ces riverains savent, eux, argumenter pour expliquer que jamais le dispositif des Pierrots de la Nuit ne marchera :
– 1/ la méthode est utopique en ce qu’elle prétend éduquer les usagers de la voie publique alcoolisés par des mimes et des danses ;
– 2/ la méthode est imparfaite en ce qu’elle prétend former les patrons des établissements qui ne demandent rien, nient mal gérer leurs établissements et surtout savent que, de toute façon, ils resteront impunis pour les troubles à la tranquillité publique liés à leurs établissements, ce qui est un fait avéré.

En revanche, l’association d’intérêt général Bruitparif offre les moyens :
– 1/ d’objectiver les nuisances par des capteurs (les méduses) qui n’enregistrent que les niveaux de bruit (et en aucun cas des données personnelles) ;
– 2/ de déterminer le niveau sonore généré par la vie nocturne par rapport au bruit ambiant ;
– 3/ de traiter finement les données collectées en vue de déceler le lien possible avec les commerces ou les attroupements en milieu ouvert ;
– 4/ de contribuer aussi à remédier aux nuisances par l’envoi de messages d’alertes aux responsables d’établissements et/ou aux autorités chargées (en théorie) des contrôles et par l’affichage public de l’intensité du bruit destiné aux usagers de la voie publique.

Y aura-t-il des élus pour empêcher que la mairie de Paris continue à s’enliser dans la politique actuelle et permettre la pose de plus de capteurs en donnant les moyens financiers à Bruitparif au bénéfice des Parisiens ?

Est-il bien nécessaire de revisiter l’esthétique de Paris ?

Article paru sur le site de Marais-Louvre

Le 1er adjoint de la Maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a annoncé en novembre dernier que l’équipe municipale souhaitait revoir l’esthétique de la capitale et pour cela une consultation est lancée avec à la clé la rédaction d’un « manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne » . Pour cette opération à laquelle chacun peut participer  la ville indique que si  » Paris est une ville d’une beauté extraordinaire, forgée par les matériaux comme la pierre, le verre ou le zinc, les couleurs, les lignes régulières »…elle  » ne peut pas se réduire aux projets du Baron Haussmann et d’Adolphe Alphand, qui ont dessiné notre ville au 19è siècle. Cette grammaire urbaine n’a pas imprégné tous les quartiers de Paris de la même manière. Paris est une ville multiple et à l’image de ses habitants : saisissante de contrastes, entre tradition et modernité. Le caractère unique de la beauté parisienne est ainsi à la croisée entre conservation patrimoniale et innovation. « . Il est ajouté, pour justifier ce changement sans doute déjà programmé,   » Aujourd’hui, la crise climatique change la donne : nécessité d’une végétalisation massive, développement des mobilités douces, débitumisation… La transformation radicale et nécessaire, en cours dans toutes les grandes métropoles mondiales, nous oblige à repenser totalement le paysage urbain parisien. « 

Voilà tout est dit, comment faire d’une ville au caractère unique, et déjà bien abîmée par nombre d’aménagements inadaptés, une ville sans doute banale et d’allure commune avec « les grandes métropoles mondiales ».  Cette perspective est d’autant plus navrante qu’ayant été sollicité par la mairie de Paris Centre qui ne peut qu’emboiter le pas à la mairie centrale, le mail d’accompagnement reçu pour inciter à participer à la consultation spécifiait, à propos du manifeste auquel cette dernière devrait aboutir, qu’il « … servira à définir un référentiel esthétique qui pourra par la suite être décliné dans les documents municipaux comme le plan local d’urbanisme, le règlement de étalages et terrasses, le règlement local de publicité ou encore le règlement de voirie. « 

4ème - 16 rue Vieille du Temple 2

Nous y voilà, réapparait une nouvelle fois le sujet des terrasses si important aux yeux de la municipalité qui sur ce plan fait preuve d’une constance sans faille, au même titre que les subventions conséquentes qu’elle accorde à des associations liées au secteur des cafetiers (à comparer au montant plus faible octroyé à Bruitparif afin d’installer des « pieuvres » permettant de mesurer les nuisances sonores émanant de bars qui ne respectent pas les habitants). Là encore et après une consultation sur la façon dont devront être occupées les places de stationnement libérés (notre article du 28 février 2021), les terrasses sont, au travers de cette nouvelle consultation,  noyées parmi d’autres thèmes comme le mobilier urbain, la couleur de celui ci le revêtement des rues etc. Le changement climatique impose-t-il de modifier les bancs et le mobilier de type colonne Morris ou fontaines Wallace (après qu’aient été changés nombre de kiosques à journaux devenus communs et sans cachet) ?  Quels nouveaux avantages le remaniement du règlement des terrasses va-t-il accorder aux  limonadiers ? Les habitants et leurs représentants seront-ils associés à la nouvelle rédaction de ces règles ? Les exclure leur  enlèverait une bonne part de légitimité.

Pour notre part, et vous pourrez faire de même, nous allons répondre au sondage en indiquant que le mobilier actuel avec sa belle couleur verte en accord avec le végétal ne doit pas être changé car il s’agit de la marque de fabrique de la capitale. Il serait impensable de la modifier sans gommer le passé.  En revanche, l’harmonie commande d’étendre ce mobilier type partout et de supprimer le mobilier inutile et décalé fait de poutres, traverses de chemin de fer et autres chaises, bancs et bacs à fleurs, caissons de protection des bicyclettes qui défigurent sous couvert de modernité des rues et des lieux pourtant emblématiques tels la place de l’Hôtel de Ville et la place de la République pour notre arrondissement. Il en est de même des milliers de corbeilles dans nos rues, des abribus et des toilettes publiques qui doivent répondre à un modèle unique en accord avec le mobilier traditionnel de la capitale. Le principal souci est aussi d’entretenir tout ce mobilier, de le repeindre dès que nécessaire et de le débarrasser des stickers et autres tags qui les recouvrent. Il importe aussi de faire de même sur les installations  techniques (feux tricolores, armoires électriques, panneaux indicateurs, bornes de recharge électrique…).  Les fresques et les peintures murales devront, elles aussi, être choisies en symbiose avec les lieux où elles seront apposées. Les « gribouillis » et « pochades » sans intérêt sont à exclure.  Sous couvert de verdir Paris il ne faut pas laisser faire n’importe quoi autour des arbres de nos rues et réglementer plus strictement leur aménagement. Quant à la « débitumlisation », il serait absurde de « débitumiser » pour « débitumiser ». Il faut penser à ceux qui ont des difficultés à se déplacer, aux parents avec des poussettes pour enfant… Le remplacement du bitume est à faire avec soin, après étude et en totale concertation avec les riverains des voies concernées.

Alors rêvons un peu et essayons de prendre pour nôtre la conclusion de la consultation de la mairie de Paris devant aboutir à un manifeste qui ne manque pas d’une certaine “prétention” :
Le manifeste mettra en place des règles pour désencombrer l’espace public de son mobilier inutile, intégrer le végétal dans notre paysage, uniformiser les couleurs, les matériaux, les lignes car l’esthétique, c’est avant tout une question d’harmonie.

La Ville lance des consultations publiques absolument incontrôlables et suspectes de ne constituer que des faire-valoir de décisions prises par les élus.
Un contre-questionnaire qui constitue une riposte originale a été mis en ligne.
Vous serez peut-être tentés d’y participer (5 minutes maxi) et de vous exprimer un peu plus personnellement à l’occasion de la dernière question.

Un dossier que nous allons suivre. Cependant la question des terrasses est le sujet le plus sensible pour les habitants. Conscients que celles-ci doivent exister, ils sont, face à des exploitants indélicats, lassés par les nuisances qu’elles entraînent ans leur vie quotidienne et des avantages disproportionnés octroyés à ce seul secteur d’activité par une équipe municipale qui leur semble inféodée en comparaison du traitement réservé à d’autres commerces.

PS : Voir l’article de la Tribune de l’Art paru le 15 mars sur ce sujet

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