Quand Frédéric Hocquard est confronté aux excès du tourisme festif

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Frédéric Hocquard, maire adjoint d'Anne Hidalgo chargé de la nuit, est un fervent défenseur de la fête et du tourisme festif... chez les autres. Mais quand la fête vient s'inviter près de chez lui c'est différent. Il devient riverain et se met à pourfendre les excès de la fête et du tourisme festif. Il entre en lutte. Une version moderne de l'arroseur arrosé.

Frédéric Hocquard manifestant contre les nuisances sonores et ces insupportables fêtards.

Dans son tweet il interpelle Anne Hidalgo et Ian Brossat qui vont, nous l'espérons, l'aider dans son combat juste que mènent les riverains victimes des excès liés au tourisme de masse, des nuits festives non régulées.

Comme d'autres riverains confrontés aux nuisances de ce type, Frédéric Hocquard a dû contacter la DPSP, le commissariat du 20ème, interpeller les élus dont la Maire de Paris... sans succès comme tant d'autres victimes de nuisances qui nous contactent régulièrement ou rejoignent des associations de quartier comme celles qui font partie du Réseau Vivre Paris!

Le Réseau Vivre Paris! ne peut que se réjouir d'avance des mesures qui vont être prises pour le rue de la Réunion mais aussi pour tout Paris. Nous attendons avec impatience les résultats.

Hubert Védrine : le mode de vie festif et le tourisme de masse en question

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Le Figaro du 22 mars a publié une interview d’Hubert Védrine : «Le choc du coronavirus est en train de pulvériser des croyances très enracinées».
A l’aune de la pandémie qui frappe la planète il développe des arguments qui devraient tous nous faire réfléchir. Quand nous écrivons “tous” nous ne voulons pas dire seulement les membres du Réseau Vivre Paris!. Il y a longtemps que nous soulignons les ravages de la fête non régulée et l’hyper tourisme.
Nous souhaitons interpeller nos élus, Anne Hidalgo, maire de Paris, et Frédéric Hocquard, son adjoint chargé de la nuit... de la nuit des fêtards, des lobbies de la nuit, mais pas de la nuit de tous les Parisiens. Nous interpellons aussi l'ensemble des candidats aux élections municipales parisiennes.

Deux extraits de cette interview devraient leur permettent d'enlever leurs œillères à l'aube de cette prochaine mandature et de considérer le bien-être, la santé de leurs électeurs, bref l'intérêt commun plutôt que des intérêts catégoriels.
 
… n’est-ce pas tout un mode de vie insouciant, hédoniste, individualiste et festif, qui semble devenu le premier des droits de l’homme (bien avant, pour certains, la liberté de la presse) et qui est mis en cause? Ce mode de vie se traduit, pour tout ou partie de l’humanité, par une mobilité permanente sans limite ni entraves, type mouvement brownien. Ajouté aux voyages économiques incessants et au tourisme de masse (1,4 milliard de touristes en 2019), cela donne 4 milliards de passagers aériens en 2017, 8 milliards «espérés» en 2035 (avant la pandémie)! 
Oui à la fête... mais pas n'importe quelle fête. Une fête régulée, respectueuse de tous, qui se soucie des autres, de ceux qui veulent se reposer la nuit et vivre dans une ville apaisée. Le tout festif a vécu. Changeons de modèle pour une ville / vie durable.

... on prendra peut-être conscience des ravages du tourisme de masse (à ne pas confondre avec le voyage): Dubrovnik, Santorin, Angkor sont des victimes précoces, bientôt Venise. Et faut-il vraiment atteindre 100 millions de touristes en France?
La mairie de Paris s'est engagée depuis des années dans une course effrénée (et imaginaire?) avec les autres métropoles à celle qui attirera le plus de touristes, favorisant au passage la transformation de milliers d'appartements en locations saisonnières. Seul le nombre de touristes compte aux yeux de la mairie. En ce qui concerne le tourisme et comme pour la fête, changeons de modèle pour une ville / vie durable.

A lire cet article publié par Marais-Louvre : Repenser le tourisme de fond en comble

Repenser le tourisme de fond en comble

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Marais-Louvre, membre du Réseau Vivre Paris! a publié cet article.

Comme commencent à le faire remarquer les politiques à qui la pandémie semble ouvrir enfin les yeux, les ravages du tourisme à tout va et sa massification sont une des raisons principales de la mise à genoux fulgurante de notre monde.

Combien de fois avons nous dénoncer les cohortes de touristes qui envahissent des sites dans le monde entier dont Paris et le Marais en font partie... Qu’avons nous vu fleurir au cours des années récentes ? Des bateaux de croisière de plus en plus gigantesques, la multiplication des flottes d’avions et avec elles l’accroissement de la pollution, une explosion exponentielle des locations saisonnières, des pans entiers de villes confisqués aux habitants par un tourisme débridé et délirant qui a gommé toute vie de quartier et fait partir les commerces traditionnels. S’en est suivie une montée des prix de l’immobilier qui chasse les derniers  occupants des lieux et les repousse en zones périphériques.

Que n’a t’on vu et entendu sur la course aux touristes ? Chaque municipalité, malgré les protestations des habitants s’ingéniait à trouver des moyens d’attractivité pour afficher des chiffres ronflants telle une compétition sportive, une sorte de course à l’échalote ! En 2015, notre ministre des affaires étrangères en charge du tourisme, Laurent Fabius, n’est il pas allé jusqu’à proposer 40 mesures pour que la France puisse attirer 100 millions de visiteurs dès 2020. De nombreux élus (dont Anne Hidalgo, G. Collomb...), des professionnels du tourisme ont participé aux groupes de travail qui ont abouti à ce plan d’action qui traitait même du tourisme nocturne dont des voix clamaient l’indigence!

Eh bien nous sommes en 2020 et nous en voyons le résultat!

Ainsi que le souligne Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères dans une récente interview accordée au Figaro, l’heure n’est plus au bilan mais plutôt à l’analyse de ce que l’on peut appeler un désastre. Plus jamais cela mais comment faire ?

Il fait d’abord repenser au-delà de la sphère purement économique, ce que nous voulons pour l’avenir notre avenir, celui de nos enfants, au plan national et ensuite en lien avec les autres pays. S’il est illusoire de penser que le tourisme est mort, le temps est venu de le réguler. Imaginons ce que serait Paris si une telle épidémie se produisait lors des JO de 2024? La première décision à prendre est d’établir des quotas, il suffit de considérer la ville de Barcelone qui n’est plus que l’ombre d’elle même tant elle est envahie jusqu’à saturation et davantage encore ou Venise débordant de touristes que déversent les monstres des mers qui longent ses quais séculaires! Cela n’est plus tolérable il faut donc limiter le nombre de touristes pour protéger nos villes, nos quartiers et leur assurer une autre évolution, un autre devenir. Paris ne peut mourir étouffé, être sacrifié, compter plus de valises à roulettes et de cars que de voitures,  au prétexte de satisfaire tel ou tel lobbying, ou bien de récolter des voix pour son élection ou sa réélection voire de justifier l’existence d’une industrie, d’un secteur économique qui serait indispensable pour notre croissance, cette croissance à tout crin qui désormais n’a pas de repère ? Ne faudrait-il  pas compenser la perte d’activité qui découlera d’un tourisme raisonné par la réappropriation d’activités que nous avons laissé partir loin de notre pays pour une question de coût ? Dorénavant nous mesurons plus que jamais la nécessité d’en passer par là... car nous sommes allés trop loin, à l’excès jusqu’à faire faire par d’autres pays la plupart de nos médicaments, personne ne s’étant inquiété de cette situation. Gare aux ringards qui auraient pu le faire!

L’heure n’est plus aux tergiversations et nous devons tous ensemble profiter de ce sévère coup de semonce pour rebattre les cartes, reprendre en mains nos quartiers et leur redonner une vie quotidienne normale en encadrant le tourisme... Reprendre en mains nos industries perdues et pourtant essentielles, reprendre en main notre qualité de vie plus traditionnelle sans se faire déborder par ceux qui, insouciants, par calcul, par esprit mercantile, par égoïsme ont participé de loin ou de près à l’émergence de la pandémie.

Il faut en finir avec un tourisme confiscatoire, quasi inhumain et revenir à un tourisme tolérable par tous et pour tous.

Faut-il développer davantage encore la vie nocturne à Paris ?

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par MARAIS-LOUVRE / 22 OCTOBRE 2019

Article publié sur le site de Marais-Louvre le 22 octobre 2019

Sous le titre "L’animation nocturne des villes, un potentiel à conforter", la Newslettter n°10 du Conseil de la Nuit, c’est-à-dire la Mairie de Paris, fait le panégyrique des activités nocturnes qu’elle encourage et promeut. Cette étude rédigée par l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de la région Ile de France (fondation créée en 1960 par le ministre de l’équipement Pierre Sudreau) est inspirée de différents travaux et rapports (*) sur lesquels nous nous sommes exprimés en son temps. Ces études le plus souvent font peu de cas des habitants riverains et Parisiens à qui la fête est imposée. Ainsi est-il écrit "l’importance des activités de la nuit témoigne de l’intensité de la vie culturelle, festive et de loisirs de la région-capitale, ces usages nocturnes sont pratiqués autant par les Parisiens, les Franciliens, que par les touristes. La nuit constitue ainsi un levier méconnu du développement culturel, économique et touristique, que les territoires doivent encore s’approprier pour favoriser l’essor de la filière".

Aussi lit-on au fil des lignes de ce  document que "l‘animation nocturne des villes est un potentiel à conforter…, ces lieux de proximité  contribuent au dynamisme de la vie de quartier… au renforcement de lien social et à la création d’emplois...". Sont tour à tour cités dans le rapport les référents de nuit, le Conseil de la Nuit qui deviennent sous la plume du rédacteur "les reflets d’une reconnaissance croissante  par la pouvoirs publics de cet espace-temps singulier…."? Des conjectures sont ensuite exprimées afin de déterminer à quel moment débute la nuit et quand elle se termine, en associant pêle-mêle les musées, les cafés, les bars, les restaurants, les théâtres, l’Opéra, le Grand Rex, la Bellevilloise (curieux amalgame lorsque l’on sait combien les riverains sont perturbés par ce voisinage comme le montre un précédent article), les "tiers lieux", les friches  ("qui abritent un bouillonnement culturel et festif" ) qui contribuent, est -il spécifié, à attirer aussi bien les Franciliens que les "city breakers". Le rapport semble regretter que Paris qui attire tant de touristes ait "un ADN  moins festif que Barcelone, Berlin, Londres ou Amsterdam…?"  C’est un point de vue que nous pouvons ne pas partager!

Affirmer aussi que "le territoire  s’approprie de plus en plus la nuit... " reste à étayer dans les "petits villages" comme il est pourtant indiqué, En revanche déclarer que la "nuit festive est un enjeu de transversalité des politiques publiques … mobilisant à la fois les champs de l’économie, de la culture, du tourisme et du marketing territorial, de la sécurité, de la santé, des transports et de l’aménagement" repose sur une réalité criante. Une minorité au prétexte de s’amuser peut-elle tout imposer à une majorité qui d’ailleurs n’est pas opposée à la vie nocturne mais souhaite disposer, par une réglementation adaptée, du sommeil réparateur dont elle a besoin physiologiquement. Majorité qui s’inquiète de plus en plus de la montée de l’alcoolisme chez les jeunes, au-delà des effets indirects de la vie nocturne à savoir la malpropreté.

Ne nous y trompons pas les conséquences induites de la situation actuelle développée par trop de vie nocturne ne sont pas uniquement positifs, loin s’en faut… Si la nuit génère selon le rapport de l’activité économique et de l’emploi (les données sont peu précises, anciennes, voire inexistantes), elle engendre aussi des effets négatifs comme les conflits d’usage dans les quartiers dits festifs, la montée des prix de l’immobilier, l’occupation de l’espace public, les locations touristiques toujours plus nombreuses et des coûts induits à la charge habitants, tels que la circulation des transports en commun la nuit, la surveillance, la sécurité, l’assistance, la prévention et les soins prodigués à ceux qui abusent de l’alcool sans oublier les moyens alloués pour combattre la malpropreté…

En conclusion de ce rapport repris par la newsletter, il est souligné combien les tenants de la vie nocturne veulent développer et valoriser plus encore les événements en disposant de réglementations plus favorables de telle sorte qu’existe une vraie filière,  c’est-à-dire des chartes adaptées, des conseils spécialisés et des élus dédiés à la vie nocturne. Quelques allusions sont faites toutefois à la prévention et à la régulation. Mais finalement, alors que le rapport conclut "la nuit est un monde de découvertes, de rencontres, d’insouciance mais aussi de conflits", alors que de nombreux riverains n’en peuvent plus du développement à marche forcée de la vie nocturne, tout ceci ne se résumerait-il pas finalement à une histoire de gros sous ?

(*) Etudes de l’Atelier Parisien d’Urbanisme , le Rapport de 2015 commandé par l’ancien ministre des affaires étrangères avec ses 22 propositions pour faire de la vie nocturne  un facteur d’attractivité, l’Eurocouncil…