Article publié sur le site de Vivre le Marais! le 11 février 2018.
La « règle d’antériorité » est comme le Phoenix, un sujet dont on pense qu’il est mort tant il était usé mais qui réapparait ici ou là et qui conjugue mythologie et mythe. La mythologie c’est l’oiseau qui renait de ses cendres. Le mythe c’est l’entretien de l’idée que l’impossible est possible.
De quoi s’agit-il ? Des exploitants de lieux musicaux : discothèques, bars, salles de concerts…. Des établissements bruyants par construction. Leurs voisins subissent les nuisances sonores qu’ils produisent, se plaignent et obtiennent quelques fois condamnation et réparation.
Le phénomène existe en France comme ailleurs. Depuis les « États Généraux de la Nuit » en 2010 nous en entendons parler comme d’une revendication de base des industriels de la nuit. Elle repose sur le sophisme qu’un habitant n’a pas le droit de se plaindre s’il s’installe près d’un établissement bruyant qui était là avant lui. A ce titre, les exploitants de lieux musicaux réclament une loi qui protège leur activité.
C’est impossible mais ils feignent de l’ignorer. Impossible, comme le mouvement perpétuel, car la loi ne serait pas la même pour un résident de longue date et pour celui qui vient d’arriver. Aucun pays civilisé, aucun État de droit ne peut admettre que la loi ne soit pas la même pour tous.
Comment se fait-il alors que leurs confrères anglais, qui affirment que 35 % des salles de concert ont fermé durant ces dix dernières années, crient victoire en ce moment ? Pour faire valoir ses revendications, le secteur a réclamé le soutien des députés de la Chambre des communes. Suite à une manifestation devant le Parlement, le gouvernement britannique a annoncé l’arrivée imminente d’un projet de loi qui protégerait ces institutions, parfois mythiques qui se disent « l’âme des quartiers ».
Les anglais auraient-ils découvert le mouvement perpétuel ? Non et leur euphorie devrait être modérée car le projet, s’il voit le jour, ne concernerait que les nouveaux programmes immobiliers dont les promoteurs choisiraient une surface à proximité d’un espace musical. C’est l’ensemble de l’immeuble dans ce cas qui serait frappé d’alignement, avec l’interdiction de se plaindre.
Le principe qualifié « d’agent de changement » dispose que les promoteurs immobiliers devraient prendre en compte l’environnement préexistant avant de construire leurs logements et ne pourraient plus réclamer un changement par la suite. La pression serait mise sur eux pour qu’ils insonorisent leurs constructions.
UK Musik qui représente l’ensemble du secteur exulte et déclare : « C’est un soutien fabuleux pour l’industrie de la musique live ». Ils ne devraient pas se hâter de se réjouir car il y longtemps qu’on parle de l’affaire et elle n’est toujours pas aboutie. Transposée à la France et à l’Union Européenne, qui ont des lois pour lutter contre le bruit, on ne voit pas nos parlementaires instituant une loi scélérate et le Conseil Constitutionnel approuvant un défaut de justice dans le traitement des citoyens.
La justice telle que nous la concevons et telle que nous la défendons c’est celle du « pollueur payeur » qui impose aux espaces musicaux une étude d’impact et l’insonorisation de leurs locaux pour le respect des lois en la matière.

Note du « Réseau Vivre Paris! » : il s’agit d’une proposition de loi formulée par un député (private member’s bill) et non d’un projet de loi gouvernemental. Il est en première lecture à la Chambre des Communes. Les détails sont ici : https://services.parliament.uk/bills/2017-19/planningagentofchange.html