Étiquette : SOMNIBRUIT

Le sommeil : enjeu de santé publique majeur

Le sommeil joue un rôle essentiel en matière de santé publique et le bruit est reconnu comme étant le premier facteur environnemental le perturbant. Dans l’étude SOMNIBRUIT publiée ce jour, les équipes scientifiques de Bruitparif, de l’Observatoire régional de santé (ORS Île-de-France), département santé de l’Institut Paris Region, et de l’unité de recherche Sommeil-Vigilance-Fatigue (VIFASOM) co-dirigée par le Pr Damien Léger de l’Université Paris Cité, en association avec la Ville de Paris, ont montré le lien entre l’exposition au bruit environnemental la nuit et les troubles chroniques du sommeil. (voir notre synthèse)

Le sommeil est une fonction vitale qui détermine l’équilibre physiologique, psychologique et social d’un individu et renseigne sur sa santé et la qualité de sa vie. Il est aujourd’hui un enjeu de santé majeur en France.

Un sommeil de quantité ou de qualité insuffisante peut avoir des retentissements importants sur la santé, notamment des conséquences sur la qualité de vie des individus, voire interviennent dans l’émergence de pathologies graves. Il a ainsi été démontré qu’une dette chronique de sommeil est associée à une augmentation du risque de surpoids voire d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, d’anxiété, de dépression, de somnolence et d’accidents, notamment au travail. Au-delà des conséquences sur la santé individuelle, les dysfonctionnements qui affectent le sommeil ont aussi des retentissements sur la collectivité, notamment dans les dimensions sociales et économiques. Dans le domaine particulier de la santé publique, le sommeil tient un rôle majeur lorsqu’il s’agit par exemple de l’organisation du travail (singulièrement le travail de nuit), de l’accidentologie routière ou encore des capacités d’apprentissage des jeunes. 

L’Île-de-France est la région la plus concernée par les problèmes de sommeil. 

Le bruit récréatif (principalement issu des voix et de la musique) se manifeste surtout en soirée (18h-22h) et en début de nuit (22h-02h), les terrasses permanentes restant ouvertes jusqu’à 2h du matin et les terrasses estivales jusqu’à 22 h (de 2021 à 2024) ou 23 h (en 2025), tandis que le bruit des clients peut se prolonger dans la rue après la fermeture des établissements. Une étude menée par Bruitparif en 2022 dans le quartier parisien des Halles–Beaubourg–Montorgueil a montré que le bruit récréatif tend à augmenter au fil de la soirée, atteint un pic vers minuit, puis diminue progressivement à mesure que les clients quittent les lieux. Ce type de bruit pourrait être particulièrement nuisible au sommeil. 

Taux d’établissements festifs (restaurants et débits de boissons), par commune, pour 1000 habitants, par commune

Taux de population, à l’échelle de la commune, en situation de dépassement des recommandations OMS (pollution sonore d’origine récréative)

La comparaison entre ces deux cartes est claire et sans appel. L’ensemble de la ville de Paris est en dépassement des seuils recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Ce dépassement est directement lié à la densité du nombre d’établissements récréatifs (bars essentiellement et restaurants) : entre 5 et 45 pour 1 000 habitants pour la quasi-totalité de Paris.

Le bruit récréatif, quant à lui, est particulièrement localisé dans Paris intra-muros qui concentre 54% des établissements identifiés sur l’ensemble de la zone d’étude. C’est un bruit particulièrement sensible pour le sommeil, car présent essentiellement en soirée et en début de nuit, au cours de la période dévolue à l’endormissement des riverains d’établissements 

En termes de santé publique, ces résultats renforcent la nécessité d’intégrer la problématique du bruit dans les politiques de prévention des troubles du sommeil et de promouvoir une meilleure prise en compte des nuisances sonores en milieu urbain sans les limiter au seul bruit des transports.

Voir également:
Nos propositions de mesures pour réduire l’impact de la pollution sonore récréative
Des exemples de réduction de la pollution sonore récréative en France et en Europe
Notre synthèse de l’étude SOMNIBRUIT
Note de synthèse – Conseil National du Bruit : Bruit récréatif extérieur nocturne – Loi-cadre pour la pollution sonore environnementale – Dr Bertrand Lukacs – APVS (Décembre 2025)

Synthèse de l’étude SOMNIBRUIT sur les nuisances sonores nocturnes

Dans une zone aussi densément peuplée que l’Île-de-France, les multiples sources de bruits nocturnes sont liées à l’importance des trafics routiers, ferroviaires et aériens mais aussi de l’essor récent des activités récréatives nocturnes (terrasses notamment) dans Paris Intra-muros.

Cette étude met en lumière un problème de santé publique en Île-de-France où le bruit nocturne affecte durablement le sommeil (réduction des phases de sommeil profond ) et augmente donc les risques de fatigue chronique et de problèmes cardiovasculaires.

L’étude SOMNIBRUIT a analysé l’impact du bruit nocturne sur le sommeil des franciliens en s’appuyant sur des données de remboursement de médicaments hypnotiques et des mesures de pollution sonore dans 432 communes et les 20 arrondissements de Paris.

1. Les principales conclusions de l’étude SOMNIBRUIT sont alarmantes :

 Les résultats suggèrent une corrélation claire, dans la zone dense francilienne, entre l’exposition au bruit nocturne et la consommation de médicaments hypnotiques (somnifères). En Île-de-France, 65,4  habitants, soit un taux particulièrement élevé, prennent des médicaments contre les troubles chroniques du sommeil.

A chaque augmentation, du niveau d’exposition de bruit nocturne, de 5 décibels est associée à une augmentation du taux de patients traités pour troubles du sommeil. Les associations les plus fortes sont le bruit routier (augmentation de 1,0 ‰) suivi de près du bruit récréatif (augmentation de 0,8 ‰).

2. Le bruit récréatif est la première cause des plaintes pour pollution sonore dans Paris intra-muros :

Le bruit routier constitue la nuisance sonore la plus préoccupante en zone dense francilienne sachant que 75 % des Franciliens (soit environ 8 millions de personnes) sont exposés la nuit à des niveaux sonores dépassant les 45 dB recommandés par l’OMS entre 22 h et 6 hEn quelques années, le bruit récréatif est devenu la première cause des plaintes pour pollution sonore dans Paris intra-muros.

En page 32 du rapport il est écrit que le bruit récréatif est une spécificité de la ville de Paris qui « présente une surreprésentation de ce type d’activités, en concentrant 53,8 % des établissements considérés sur l’ensemble de l’île de France, alors que Paris ne représente que 20,7 % de la population. Dans la capitale, le taux d’établissements est 14,58 habitants et même de 75,8 sur le 1er arrondissement ce qui est très élevé en comparaison avec les autres communes de la zone d’étude. On notera que ce taux est de 5,6  pour l’ensemble de la zone dense francilienne et de 3,3 ‰ sur le territoire de la zone dense en excluant Paris »

Il est écrit en page 16 du rapport que « le bruit récréatif (principalement issu des voix et de la musique) se manifeste surtout en soirée (18h-22h) et en début de nuit (22h-02h), les terrasses permanentes restant ouvertes jusqu’à 2h du matin et les terrasses estivales jusqu’à 22 h (de 2021 à 2024) ou 23 h (en 2025), tandis que le bruit des clients peut se prolonger dans la rue après la fermeture des établissements. Une étude, menée par Bruitparif en 2022 dans le quartier des Halles–Beaubourg–Montorgueil, a montré que le bruit récréatif augmente au fil de la soirée, atteignant un pic vers minuit, puis diminue progressivement à mesure que les clients quittent les lieux. » Selon l’étude, le bruit récréatif pourrait être particulièrement nuisible au sommeil car il se caractérise par une forte variabilité avec une alternance de moments relativement calmes et d’éclats très bruyants. 

Toutefois son déploiement récent (sortie du COVID) explique que l’impact sanitaire et social du bruit récréatif n’a pas fait l’objet d’une méthodologie de modélisation acoustique reconnue contrairement au bruit des transports. D’ailleurs, il n’a pas encore a été établi tant pour le bruit récréatif que pour le bruit cumulé, de valeur limite réglementaire par la France .

3. Les valeurs limites s – Lden (*) et Ln « Lnight stipulées par la règlementation française et l’OMS en termesde nuisances sonores :

Au sens de la directive européenne 2002/49/CE, des valeurs limites sont définies – Lden et Ln « Lnight » – par chaque état membre, dont le dépassement amène les autorités compétentes à envisager ou à faire appliquer des mesures de réduction du bruit ; Les valeurs limites varient notamment en fonction du type de bruit (bruit du trafic routier, ferroviaire ou aérien, etc.)

Les valeurs limites fixées par la France, dans les zones résidentielles, en application de la directive européenne sont les suivantes :

Dans son rapport publié en octobre 2018 concernant le bruit dans l’environnement, l’OMS (**) recommande fortement l’exposition au bruit des transports en dessous des niveaux mentionnés dans le tableau suivant :

(*) Décomposition de Lden
– **L** : Niveau sonore moyen (en décibels, dB(A)).
– **d** : *Day* (jour, de 6h à 18h).
– **e** : *Evening* (soirée, de 18h à 22h).

– **n** : *Night* (nuit, de 22h à 6h).

(**) Il n’ y a pas encore de recommandations par l’OMS en ce qui concerne le bruit récréatif 

En page 30 de l’étude, il est proposé une modélisation du bruit nocturne (Ln) lié à la seule vie récréative. Sur la base des hypothèses retenues pour la constitution du modèle, le bruit nocturne moyen, émis par m² de terrasse, peut être considéré comme une valeur plancher du bruit perçu à proximité d’une terrasse. 

Si l’on considère les seuls bruits de voix (soit une bande de fréquence comprise entre 500 Hz et 2 KHz)  le bruit nocturne émis par les terrassesnotamment en période  estivale, serait supérieur à la recommandation de l’OMS de 45 dB(A) pour le bruit routier, ou il serait compris entre 58.6 dB5(A) et 65.8 dB(A) entre 22h00 et 6h00.

4. La régulation des bruits festifs récréatifs dans les autres pays européens* :

Dans la grande majorité des pays européens, on retrouve une régulation à deux niveaux des bruits récréatifs, notamment nocturnes, via :

  • La règlementation nationale qui définit le cadre commun (indices, seuils, zonage de base, obligations d’action).
  • La possibilité donnée aux villes ou aux régions d’aller plus loin dans la régulation via la création de zones calmes ou des restrictions spécifiques sur la vie nocturne là où les limites sont dépassées. 

A titre indicatif, il est repris ci-dessous les seuils fixés par la loi pour les zones résidentielles dans les différents pays européens. On soulignera la grande convergence d’un seuil règlementaire en dessous de 50 dBA passé 22h00.

Conclusion

L’étude SOMNIBRUIT souligne que le bruit récréatif, bien que moins étudié que le bruit des transports, aggrave les troubles du sommeil dans les zones urbaines denses. Sa régulation par une réglementation nationale et des politiques de lutte sur le plan municipal et/ou régional sera essentielle pour améliorer la qualité de vie des Franciliens et plus particulièrement des Parisiens.

* Extrait de Bruit récréatif extérieur nocturne – Loi-cadre pour la pollution sonore environnementale – Docteur Bertrand Lukacs – APVS (Décembre 2025)

L’étude SOMNIBRUIT :

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